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Observatoires d'écoute : Une oreille attentive prêtée aux élèves


  
Jusqu'à un passé récent, l'idée de créer des centres d'écoute destinés aux élèves relevait de l'utopie. Plusieurs obstacles se posaient devant un tel projet et à leur tête, la mentalité rigide qui gouvernait les rapports entre élèves, enseignants et parents. Aujourd'hui, cette utopie est devenue une réalité et ce, grâce au combat d'une brave femme.

C'est à Amina Baaji, professeur de philosophie, que revient le mérite de créer le premier observatoire d'écoute à l'échelle nationale et ce, au lycée Omar Al Khayyam à Rabat en 2004.

Après le succès retentissant qu'a rencontré cet observatoire auprès des élèves, de leurs parents et du corps enseignant, il s'en est suivi d'autres répartis sur plusieurs régions du Maroc. Amina Baaji, également présidente de l'Association Marocaine d'écoute et de dialogue, est aujourd'hui fière d'avoir pu implanter quelque 12 observatoires d'écoute au sein d'écoles, collèges et lycées marocains.
Et le plus important reste à venir. Pour prendre les faits à rebours, c'est durant son exercice en tant qu'enseignante que Mme. Baaji a réalisé le besoin pressant des élèves de s'épancher le cœur et de trouver une oreille attentive. «Quant j'expliquais le cours de philosophie à mes élèves, je trouvais qu'ils portaient une attention particulière à certains sujets, notamment la personnalité, le développement psychologique…

Au terme de chaque séance, je leur donnais rendez-vous pour traiter de leurs problèmes respectifs. Et je ne vous dis pas le tas de problèmes que j'ai pu déceler chez eux : timidité, phobie sociale, chocs psychologiques… », confie Mme. Baaji. Face à cette situation, elle ne pouvait rester les bras croisés. Elle commençait à mûrir le projet « audacieux » de fonder des entités à même d'aider les élèves à surmonter leurs difficultés et à les réinsérer dans leur milieu social.
Malgré le manque de fonds et les réticences qui se faisaient sentir de part et d'autres, cette femme, militante dans l'âme, ne se laissait pas décourager. Avec le seul soutien de son mari, docteur Mohammed Ghanem, également membre de l'Association Marocaine d'écoute et de dialogue, elle réalise son baptême de feu en 2004 au lycée Omar Al Kayyam, auprès des filles en âge d'adolescence.
En effet, l'approche adoptée pour venir en aide à ces adolescentes était pour beaucoup dans le succès de cette expérience pilote.

Les étudiantes étaient appelées à assister par groupes à des tables rondes. Le débat, animé à titre bénévole par le psychologue Jalal Touafik, s'articulait autour de questions aussi sensibles que la prostitution, la toxicomanie, les maladies sexuellement transmissibles, l'adolescence… «On a constaté que les étudiantes viennent de divers horizons, avec un bagage socioculturel différent, ce qui fait qu'elles ont du mal à s'adapter au nouvel environnement, aux nouveaux copains, etc.

Notre action consiste donc à leur prêter une oreille attentive, mais pas seulement. Pour la résolution de leurs problèmes, nous faisons appel à leur entourage immédiat, à savoir leurs parents et leurs professeurs ». Forts de cette expérience très réussie qui leur a donné du crédit auprès des élèves, de leurs parents et du corps professoral, Mme. Baaji et ses collaborateurs ont fondé en 2007 l'Association Marocaine d'écoute et de dialogue qui a initié une « vague » d'observatoires d'écoute dans bon nombre d'établissements scolaires marocains, avec comme principal objectif combattre l'échec et la déperdition scolaires.

Dès sa première année d'existence, l'association fait de l'installation de partenariats son champ de bataille.
Tout d'abord, la quête des ressources humaines a été lancée. Il s'agissait d'impliquer un parterre de spécialistes dans le combat de l'association, notamment des psychologues, des spécialistes des sciences d'éducation et des assistantes sociales qui travaillent tous bénévolement. Amina Baaji ne le dira jamais assez : «la déperdition scolaire n'est pas due à la faiblesse du niveau de l'élève ou à son manque d'intelligence, mais bel et bien à des facteurs socioculturels, à son environnement social qui peut ne pas être favorable à son développement scolaire». Dans un deuxième temps, un partenariat avec la Ligue marocaine de lutte contre les maladies transmissibles et un institut spécialisé dans la formation des cadres de la santé a permis à l'association de prendre en charge les élèves atteints de maladies cutanées.

A cela s'ajoutaient d'autres partenariats avec les Académies Régionales d'Education et de Formation de Rabat Salé Zemmour Zaër et de Dakhla et les collectivités locales. «Nous apprécions à sa juste valeur l'appui que nous apportent nos partenaires.

Mais cela reste, par essence, un appui d'ordre moral », explique Amina Baaji, et d'ajouter qu' «en l'absence de toute subvention étatique, c'est à nous que revient le financement des activités de l'association ».

Un cas révélateur
Amina Baaji, présidente de l'Association Marocaine d'écoute et de dialogue, se remémore avec une grande fierté le cas d'un jeune étudiant qu'elle a pu sauver des griffes de la toxicomanie. Ahmed était qualifié de « cas désespéré » avant de faire la connaissance de l'association. Sa vie scolaire et familiale pâtissait grandement de sa dépendance à la drogue. Au fur et à mesure qu'il assistait aux séances d'écoute, un changement spectaculaire s'est opéré chez lui. L'ex adolescent délinquant a pu se défaire de son ancienne manie et, mieux encore, il a découvert l'artiste qui couvait en lui.

Avec l'appui de l'association, il a monté un film intitulé « Lorsque la communication a fait défaut » qui relatait sa vie antérieure et dont il était à la fois le scénariste, le réalisateur et le héros. Ahmed a tenu à partager son expérience avec ses confrères et, à cet effet, il a commencé à effectuer des tournées dans bon nombre d'établissements pour présenter son film. Celui-ci n'a pas manqué de faire sensation auprès des élèves.

 

Source" LE MATIN"

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