Un rapport de l'Unicef analyse les réformes entreprises par le Maroc dans le domaine de l'éducation-formation depuis son indépendance.
Cela ne fait nul doute. La réforme de l'enseignement au Maroc s'inscrit dans le cadre d'une réforme beaucoup plus globale engagée par le pays. L'on avait bien compris à un certain moment que le royaume ne pourra pas relever tous les défis liés au développement sans réformer son système éducatif qui il faut bien le reconnaître se trouvait à la traîne. Mais en fait, ce sont principalement les orientations et les objectifs qui allaient réellement changer puisque plusieurs réformes, avaient déjà été lancées depuis bien longtemps.
Dans ce sens, le rapport présenté récemment par l'Unicef analyse les réformes menées par le Maroc dans le secteur de l'éducation-formation. Les auteurs affirment ainsi que le premier chantier mis en place par le royaume remonte aux années 50. Par la suite ,plusieurs reformes ont suivi. Chacune présentait bien évidemment des particularités et devait répondre à une problématique bien définie.
Si au lendemain de l'indépendance, le principal souci était d'unifier et d'homogénéiser le système éducatif légué par les puissances coloniales, la problématique de l'enseignement a mué au fil des années.
Les responsables marocains sont passés alors de la lutte contre l'analphabétisme, un chantier qui se poursuit toujours, à la généralisation de l'enseignement en passant par l'arabisation et la marocanisation des ressources humaines. À partir des années 80 du siècle dernier, D'autres problèmes allaient surgir. A cette époque, une grande partie des « produits » de l'école marocaine éprouvait une énorme difficulté à s'insérer dans le marché du travail. L'administration publique marocaine qui, des années durant, recrutait à tour de bras dans une volonté de ‘'marocaniser'' ses cadres et ses salariés, commençait à donner des signes d'essoufflement.
Certes le secteur privé qui montait en puissance alors constituait une alternative mais les employeurs étaient devenus plus sélectifs à la recherche de profils de plus en plus pointus.
Une décennie plus tard, les jalons d'une grande réforme étaient posés avec la création en 1999 d'une commission spéciale.
Les travaux menés par celle-ci allaient aboutir à l'adoption d'une charte nationale sur l'enseignement.
Des progrès...
Le troisième millénaire a donc coïncidé au Maroc avec le lancement d'une vaste réforme de l'éducation qui a touché les cycles de l'enseignement scolaire (primaire, collégial et secondaire) ainsi que l'enseignement supérieur. Les gros moyens financiers mobilisés combinés à une forte volonté politique, ont apporté des résultats importants. Selon les données fournies par le rapport de l'Unicef, les efforts consentis par le Maroc lui ont permis d'effectuer un grand pas vers la généralisation de l'enseignement, un objectif qui est en passe d'être réalisé. Les chiffres sont éloquents et montrent bien que le nombre d' inscriptions dans les écoles primaires est de 94,8%. Ce même taux atteint dans les collèges et les lycées 75,4%.
Des progrès ont été également relevés concernant la scolarisation des petites filles. «Le pourcentage des filles scolarisées âgées de 6 à 11 ans est de 89,6% en 2008. Dans le milieu rural, ce taux est de 88,3%», précise le rapport de l'organisation onusienne.
Ce dernier a été réalisé, selon les responsables de l'Unicef, pour déceler les bonnes pratiques initiées par le Maroc ainsi que toutes les innovations introduites sur le système éducatif. «Les innovations en question ne peuvent être réellement mesurées qu'après une évaluation des défis existants pour l'enseignement. L'étude de ces défis permet de comprendre les bases qui ont servi d'appui pour la conception des initiatives en cours. Elle montre par la même occasion l'ampleur du progrès réalisé. Un progrès qui suscite d'ailleurs l'admiration», affirment les auteurs dans le document présenté à l'occasion de la troisième rencontre de l'Unicef pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord sur la qualité de l'éducation dans la région. De grands pas ont été également effectués en vue de lutter contre l'analphabétisme qui ne cesse de reculer. Sur ce plan également des actions innovantes ont été réalisées sur le terrain impliquant notamment les imams de mosquées pour toucher un maximum de personnes ciblées (personnes âgées). Si bien que le taux de la population analphabète a reculé pour atteindre 41,2% alors qu'il était estimé en 1960 à 87%.
Pour leurs parts, les taux d'abandon scolaire sont constamment en recul en dépit des difficultés. Le document évoque des chiffres édifiants. Pour l'enseignement primaire, le taux de la déperdition scolaire était durant l'année scolaire 2008-2009 de 4,6% alors qu'il était de 13,1% dans les collèges et lycées.
Cependant, malgré tous les progrès effectués sur le terrain, de nombreux défis restent encore à relever pour atteindre les objectifs tracés par la charte de l'enseignement. Dans ce sens, le rapport élaboré par le bureau régional de l'organisation onusienne cite les principaux défis. Sur le plan des infrastructures, les auteurs affirment que 9000 écoles enregistrent un manque. De même, 60% des établissements scolaires dans le milieu ne sont pas raccordés au réseau de l'électricité alors que 80% manquent de sanitaires et 75% d'entre elles ne disposent pas d'eau potable. Le phénomène du surpeuplement dans les classes quant à lui constitue toujours un obstacle. Dans la région de Tanger, plus de 30% des classes scolaires accueillent plus de 41 élèves.
Par ailleurs, des obstacles d'une nature plutôt pédagogique surgissent ces dernières années. Ainsi, le suivi des élèves en difficulté est difficile dans des classes surpeuplées. De plus, l'enseignement dans les écoles, relève le document, est encore beaucoup trop axé sur l'apprentissage par cœur au détriment d'une participation plus active des élèves.
En outre, des actions menées par le ministère de tutelle ainsi que le haut conseil supérieur de l'enseignement pour évaluer le niveau d'apprentissage des élèves dans les écoles ont montré quelques dysfonctionnements inquiétants notamment dans les langues (arabe et française), les mathématiques et les sciences.
Ceci expliquait bien le taux de redoublement visiblement plus important dans le collège et le lycée.
Plus tard, les déficiences en terme des connaissances acquises dans les écoles affaiblissent les chances pour les élèves marocains de trouver facilement des emploi sur le marché du travail. Selon les indices de développement des Nations Unies, le taux de chômage parmi les jeunes en 2007 était de 17,6%...
Préscolaire
L'offre préscolaire quasi exclusivement privée, demeure limitée et inégale que ce soit sur le plan qualitatif ou quantitatif à l'échelle nationale. L'objectif fixé par le plan d'urgence est la généralisation du préscolaire à l'horizon 2015 avec le déploiement d'un nouveau concept moderne adapté aux spécificités marocaines. Le préscolaire devrait ainsi faciliter le travail effectué au niveau de l'enseignement primaire. Les responsables affichent des objectifs très ambitieux sur ce plan avec la volonté d'atteindre en 2012-2013, dans chaque commune, un minimum de taux de scolarisation de 95% pour les enfants de 6-11 ans. Les responsables veulent également atteindre en 2014-2015, un taux d'achèvement du primaire de 90% sans redoublement pour les enfants de la cohorte 2009-2010. Sur le plan des infrastructures, le programme d'urgence ambitionne de créer 2500 classes supplémentaires entre 2009 et 2012 principalement en milieu rural.
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Questions à:Aloys Kamuragiye • Représentant de l'UNICEF
"Ce rapport offre une analyse du système éducatif marocain depuis l'indépendance"
• Vous venez de publier un rapport sur le système éducatif marocain. Pourquoi avoir choisi ce pays ?
Suite à la Conférence Arabe sur la Qualité de l'Education, tenue au Caire, Egypte, le bureau régional de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord a initié une série de documentation des expériences réussies en matière d'éducation dans la région intitulée «Séries d'apprentissage». L'expérience marocaine en matière d'éducation de qualité est ainsi la troisième expérience documentée après l'initiative de l'Education de la Fille en Egypte et celle de la petite enfance en Jordanie.
Le document que nous avons publié analyse l'expérience du Maroc en matière d'éducation de qualité et d'école de respect. L'une des motivations pour le choix du Maroc est qu'il a abrité, dans le cadre du programme de coopération entre le gouvernement et l'UNICEF, un certain nombre d'expériences pilotes qui sont aujourd'hui considérées comme étant de bonnes pratiques et qui sont en train d'être généralisées grâce à une vision stratégique très claire contenue dans le plan de la réforme éducative (programme d'urgence 2009/2012).
• Quelle lecture faite-vous des résultats de ce rapport sur le Maroc ?
Ce rapport offre une analyse du système éducatif marocain depuis l'indépendance ainsi que de l'impact des différentes réformes engagées depuis cette date tout en prenant en considération le contexte dans lequel elles avaient été opérées. Une des conclusions importantes de ce rapport est que le Maroc ne pourra pas relever les défis de la société de demain en matière de développement humain, de compétitivité économique et d'intégration sociale si l'école marocaine n'offre pas une éducation de qualité à tous les enfants du Maroc, quel que soit leur sexe et quelle que soit la région ou la classe sociale à laquelle ils appartiennent. C'est dans ce sens que s'inscrit justement l'appui qu'apporte l'UNICEF au Maroc pour le système éducatif marocain. Toutes les expériences que nous avons développées visent l'amélioration de la qualité de l'éducation pour tous.
• Pouvez-vous nous parler un peu des actions menées par l'Unicef dans le domaine de l'éducation, les régions ainsi que les moyens mobilisés ?
Le programme de coopération avec le ministère de l'Education nationale couvre 4 académies régionales, soit 21 délégations provinciales. Les stratégies suivies par l'UNICEF se basent sur les forces de l'UNICEF au Maroc, à savoir son expertise technique et sa capacité à utiliser et recommander les expériences apprises dans les 150 pays où travaille l'organisation, sa capacité reconnue à former les acteurs de développement à tous les niveaux et à en faire le suivi, sa légitimité et neutralité qui renforcent sa capacité de plaidoyer et son réseau de partenaires, couvrant gouvernement central, acteurs locaux, mais également la société civile, les médias et les acteurs académiques, permettant une approche concertée. Un budget annuel moyen de 2 millions de dollars est mobilisé par l'UNICEF pour atteindre ces objectifs.
Source"LeMatin".






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