Il n’y aura pas d’école mardi 12 février prochain. Ce n’est pas un jour férié ni des vacances scolaires mais plutôt une nouvelle grève nationale dans le secteur de l’enseignement. Cette décision conjointe, prise par les deux syndicats les plus représentatifs du secteur, affiliés à la CDT et la FDT, sera également accompagnée d’un sit-in devant le ministère de tutelle à Rabat. Les syndicats n’ont qu’un seul mot d’ordre: “la réforme du système d’enseignement”.

La publication par le ministre de l’Éducation nationale, Mohammed El Ouafa, du nombre des certificats médicaux parvenus au ministère durant les six derniers mois de l’année 2012, a été l’élément déclencheur de la rogne des syndicats représentatifs du secteur. Ces derniers estiment que le ministre se focalise sur des sujets secondaires au lieu de régler la problématique de l’enseignement dans son ensemble.
Et afin de dénoncer cette politique menée par le ministère, les syndicats du secteur, affiliés à la Confédération démocratique du travail (CDT), et à la Fédération démocratique du travail (FDT), ont décidé d'observer une grève nationale, la première de l'année, le 12 février prochain. Les enseignants sont également invités à prendre part, ce même jour, à un sit-in à Rabat, devant le ministère de tutelle.
“Offenser le corps enseignant”
À titre de rappel, Mohammed El Ouafa avait publié, il y a quelques semaines, un communiqué qui précisait que 17.640 certificats médicaux, concernant le corps enseignant, ont été enregistrés entre le 24 juin et le 24 décembre 2012, totalisant 53.328 journées de maladie. Des jours perdus pour les élèves, a estimé El Ouafa qui a fortement dénoncé cette augmentation des certificats médicaux durant les six derniers mois de l’année 2012.
Contacté par nos soins, Abdelaziz Ioui, secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement affilié à la FDT, a affirmé qu’à travers la publication de ces chiffres, entre autres mesures, le ministre veut imputer aux enseignants la responsabilité de la situation “grave” qui prévaut dans le secteur de l’enseignement.
“La publication des certificats médicaux n’est qu’une mesure formelle, qui vise à offenser le corps enseignant et le tenir responsable de l’échec du système éducatif. En comparant le nombre des enseignants existant qui est de 300.000 et celui des certificats enregistrés, on aura à peine 2% de certificats par mois, et c’est un taux quasiment insignifiant, qui ne mérite pas tout le scandale qui en a découlé.”
Abdelaziz Ioui, SG du syndicat national de l’enseignement affilié à la FDT.
Les responsables “font diversion”
Et M. Ioui de souligner qu’au lieu de s’attaquer aux vrais problèmes qui “rongent” le système éducatif, le ministre fait diversion et se focalise sur des données secondaires et formelles pour “fuir ses responsabilités”.
Même son de cloche chez Allal Belarbi, secrétaire général du Syndicat national d’enseignement affilié à la CDT. Pour ce syndicaliste, le ministère de l'Éducation nationale “manque de vision claire et de créativité à même de faire face aux nombreux dysfonctionnements et défaillances” dont souffre le secteur de l’enseignement.
“Il existe un programme de réformes qui traîne depuis plus d’un an. Mais, apparemment, le ministère n’a pas encore pressenti l’urgence et la nécessité de l’appliquer afin de sortir l’enseignement de son état dérisoire.”
Allal Belarbi,secrétaire général du Syndicat national d’enseignement affilié à la CDT.
En outre, M. Belarbi a déploré l’absence absolue d’un dialogue constructif et fructueux entre les syndicats et le ministère. “Il est vrai que nous avons eu des rencontres avec le ministre, mais elles étaient toutes formelles, et surtout vaines”, a-t-il souligné.
Les vrais problèmes
Selon Abdelaziz Ioui, l’augmentation du nombre des certificats médicaux résulte d’une grande fatigue des enseignants sur les plans moral et physique. À l’origine de cette fatigue, il cite, en premier lieu, la pénurie de ressources humaines de l’ordre de 30.000 enseignants, dont souffre le système éducatif depuis plus d’une dizaine d’années.
Outre le manque d’enseignants, M. Ioui évoque également le surpeuplement des classes, dont certaines comptent plus de 50 élèves.
“Cela fait 15 ans que le secteur souffre d’une carence atroce d’enseignants. Par conséquent, les classes sont de plus en plus surpeuplées, et l’enseignant se retrouve obligé de remplir davantage d’heures de travail. Il est tout à fait normal que ce dernier tombe malade, aussi bien physiquement et moralement. Mais, le ministère n’évoque jamais cette problématique, ni ne réfléchit aux solutions pour y remédier.”
Abdelaziz Ioui.
Un avis totalement partagé par M. Belarbi, qui ajoute à la liste des problèmes du secteur de l’enseignement, celui de l’abandon scolaire qui a atteint, selon lui, 350.000 élèves l’année dernière.
M. Belarbi a par ailleurs, soulevé le problème de l’inadaptation du programme enseigné avec les exigences de la carrière professionnelle.
“Il faut absolument, et en premier lieu, revoir et réviser le programme scolaire qui est enseigné et qui est en parfaite incohérence avec les besoins et les exigences que les élèves rencontrent après leur parcours scolaire et universitaire.”
Allal Belarbi.
Ainsi, la décision de la grève nationale, prévue le 12 février, intervient-elle pour mettre un terme à la polémique des certificats de maladie, mais également pour tirer la sonnette d'alarme sur les déséquilibres majeurs qui touchent le secteur de l'enseignement? et pour appeler d'urgence à sa réforme.
salma Raiss
Source"Aufaitmaroc"






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