La fondation Zakoura éducation a rendu public les actes de son colloque organisé en juin dernier. Un événement qui a suscité un débat très vif au sein de la société sur la place réelle que devrait occuper les langues notamment la «darija».
La fondation Zakoura éducation vient de publier les actes du colloque « La langue, Les langues » organisé à Casablanca les 11 et 12 juin dernier. Comme un pavé dans la mare, ce colloque avait suscité alors de nombreux débats passionnés et houleux dans certains cas notamment sur la place qui devrait revenir à la «darija».
Marqué par la participation de linguistes, historiens, sociologues, pédagogues et acteurs de la société civile, cet événement traitait en effet de la question de la langue qui est aujourd'hui au cœur des défis actuels pour le pays concernant notamment l'éducation et l'emploi, la lutte contre l'analphabétisme, et l'échec scolaire ainsi que la développement économique, social et culturel.
Certes, le colloque a pris fin et ses recommandations ont été communiquées selon les organisateurs aux autorités publiques, aux membres du Conseil supérieur de l'enseignement ainsi que les ONG actives dans le domaine mais les responsables de la fondation Zakoura comptent poursuivre la réflexion sur ce thème. La publication des actes du colloque est en quelques sortes un premier pas dans ce sens.
Feuille de route
L'ouvrage publié vient également pour placer la thématique débattue dans sa trajectoire réelle loin de toute interprétation sommaire car le but pour organisateurs était avant tout d'ouvrir le débat sur la Langue. Pour Nourredine Ayouch, président de la fondation Zakoura et initiateur de l'événement, l'objectif de la fondation était à l'issue du colloque de dresser un feuille de route pour sa réflexion et son action dans les domaines linguistique et éducatif. «La situation linguistique au Maroc est riche et complexe. Mais un constat s'impose à l'heure actuelle : les outils de communication en général et l'enseignement au Maroc en particulier gagneraient à être plus performants et plus pertinents non seulement par rapport à notre réalité sociale, linguistique et culturelle, mais aussi un regard des enjeux actuels», affirme Ayouch dans son introduction pour l'ouvrage qui réuni l'ensemble des communications qui ont été présentées.
La restitution de ces interventions montre comment les participants ont tenté durant le colloque d'apporter des réponses adéquates aux interrogations formulées sur la diversité linguistique du Maroc et la place des langues en présence ainsi que les langues internationales. «Nous avons tenu aussi à y associer différents acteurs de la société civile marocaine : enseignants, journalistes, écrivains, artistes, psychiatres, psychanalyste, chefs d'entreprise, et professionnels de la communication qui sont confrontés à cette problématique. Outre les interventions inscrites au programme du colloque, des représentants de cette société civile ont apporté leur témoignage, chacun dans son domaine», ajoute Ayouch. Lors de cette manifestation qui a réunit des personnes provenant de pays et d'horizon divers, chacun a eu la possibilité de s'exprimer à sa convenance, en arabe, en français ou en anglais.
Expériences marocaines
La situation linguistique au Maroc fut donc au centre des débats avec notamment la place qu'occupe la langue maternelle dans le développement de la personnalité. Driss Moussaoui, professeur de psychiatrie qui intervenait lors de cette manifestation a assimilé la langue maternelle à un fil d'Ariane. «Oui, toute langue à un part de mystère. Oui toute langue recèle plus qu'un trésor, des trésors. Il en est ainsi de notre langue arabe. Tel un rossignol qui voit son plumage se renouveler, toute langue opère sa mue, vit au rythme des changements du monde, car une langue qui n'évolue pas se fige et meurt », a conclu Pr.Moussaoui son intervention. Pour sa part, Mohamed Horani, président de la confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), trouve que la thématique du colloque est révélatrice du phénomène polyphonique et plurilinguistique que nous vivons.
«Qui peut se prévaloir de l'avantage de ne pratiquer qu'une seule langue dans un monde de plus en plus mondialisé, sujet à des variances, à une multiplicité de tendances, d'influences culturelles et de dominance à géométrie variable ?», s'interroge Horani. Pour ce dernier, la langue est assujettie à un préalable. «Incontestablement, une langue charrie bien une identité, les subtilités d'une culture, un imaginaire ainsi qu'un positionnement dans le monde. Mais peut définir une limite entre une langue officielle et une langue parlée ? Peut-il y avoir une rupture entre les deux ? La question a été abordée dans l'intervention de Youssi Abderrahim, enseignement chercheur à l'université Mohammed V de Rabat. « S'il y a une impression sur laquelle on souhaite laisser l'auditeur ou le lecteur, c'est bien celle de la conviction qu'il n'y a pas, et qu'il ne saurait y avoir de rupture entre le riches legs culturel de l'arabe littéral, d'une part, et nos langues maternelles d'autres part », a-t-il conclu.
Recommandations
Plusieurs recommandations ont été formulées à l'issue du colloque. Les participants ont ainsi préconisé dans leur déclaration finale, la reconnaissance comme langues nationales des deux langues maternelles des marocains : l'arabe utilisé couramment et l'amazighe. Ils ont également appelé à la standardisation à terme, d'une langue arabe moderne dans laquelle, loin de s'opposer, se rejoindront l'arabe écrit modernisé et l'arabe parlé couramment par les Marocains.
Le renforcement de l'enseignement des langues étrangères et leur diversification figurent également dans la liste des recommandations. En ce qui concerne les modalités de mise en œuvre, il a été préconisé de codifier l'arabe marocain en vue d'établir des passerelles avec l'arabe littéral pour constituer à terme, une langue arabe combinant les deux registres. Un appel a été lancé pour fournir des efforts afin de sensibiliser la population marocaine sur l'apprentissage de l'amazighe qui est déjà enseigné dans les écoles marocaines. Par ailleurs, les participants ont préconisé de renforcer de manière significative l'enseignement des langues étrangères, dès l'école primaire.
Source"LeMatin".






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