A partir de cette année, l'évaluation des pré-requis des élèves dans les matières de base se fera de manière systématique.
Pour la première fois dans l'histoire du système éducatif marocain, l'élément évaluation est intégré de manière systématique dans les cursus scolaires. Sur instructions du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique, des tests d'évaluation dans les matières de base sont administrés à partir de cette année aux élèves des 2e et 5e années de l'enseignement primaire, des 1re et 3e années du collégial, et des troncs communs de l'enseignement secondaire qualifiant. Cette opération a été d'ores et déjà lancée dans 50% des établissements scolaires des 16 académies régionales d'Education et de Formation du Royaume, dans la perspective de l'étendre à 75% des établissements en 2011-2012 et à 100% en 2012-2013.
Ainsi, une petite révolution est entamée en ce qui concerne les méthodes pédagogiques qui n'accordaient jusqu'ici qu'un intérêt accessoire à l'évaluation des pré-requis des élèves. Evaluer, c'est un réflexe qui s'impose, surtout quand il s'agit de l'enseignement. Utilisé à bon escient, c'est un outil précieux qui permet de rectifier le tir en matière de stratégies pédagogiques adoptées et de rationaliser le temps scolaire. Les dépenses occasionnées par ce travail d'évaluation s'avèrent élevées (6 millions d'imprimés au niveau seulement de l'AREF Rabat-Salé-Zemmour-Zaer), mais le jeu vaut bien la chandelle. Le ministère met de grands espoirs sur les tests d'évaluation pour améliorer le rendement et des élèves et des professeurs. L'un des objectifs escomptés, selon une note du ministère, est de permettre aux enseignants d'identifier les plus et les moins dans les apprentissages de leurs élèves et de bâtir sur cette base leur approche pédagogique.
Les tests vont rendre également grand service aux élèves et leurs parents, leur permettant de savoir là où le bât blesse et de redoubler d'efforts pour se rattraper dans les domaines d'apprentissage où il y a des déficiences. Enfin, ils vont mettre à la disposition des conseils pédagogiques relevant des établissements scolaires une sorte de base de données fiable et personnalisée sur les niveaux d'apprentissage des élèves, ce qui permettra d'orienter les différents plans de soutien scolaire dans le bon sens et d'en tirer les meilleurs résultats. Tijania Fertat, directrice de l'AREF de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, ne tarit pas d'éloges sur l'évaluation des pré-requis qu'elle considère comme une « opération grandiose », voire l'une des plus importantes réformes apportées par le plan d'urgence 2009-2012. «L'objectif essentiel est de ne pas laisser les élèves aller à l'aveuglette pour se retrouver au début de chaque année avec un cumul de lacunes qui deviennent, au fil du temps, indépassables.
D'autant plus qu'il y a parmi nos élèves certains qui n'arrivent même pas à déchiffrer les lettres ! Autre objectif, inciter l'enseignant lui-même à faire un travail d'auto-évaluation et à repenser sa manière d'enseigner ainsi que ses rapports avec ses élèves afin de pouvoir leur apporter un soutien constant, efficace et individualisé », explique Mme Fertat dans une déclaration au Matin. L'évaluation des pré-requis n'a rien d'un travail saisonnier, loin s'en faut. C'est un travail de toute l'année et tous les jours, insiste la responsable, sans que cela constitue une perte ou un gaspillage du temps scolaire comme clament certaines voix. « Il vaut mieux que les élèves tardent à finir le programme scolaire qu'ils le finissent tôt tout en ayant des lacunes au niveau de leurs connaissances », estime Tijania Fertat. La théorie a beau être parfaite, c'est à l'aune des faits qu'on peut jauger le succès d'une expérience de ce genre. « Dans l'ensemble, l'administration des tests s'est passée dans de bonnes conditions grâce à la mobilisation de 20 enseignants, toutes spécialités confondues.
Les cours ont repris normalement par la suite. Aucune absence n'a été enregistrée parmi les 112 élèves du tronc commun technologique concernés par l'opération », assure Abdelouahed El Bekrioui, directeur du lycée qualifiant Allaymoune à Rabat. Derrière ce franc succès, « il y a un travail laborieux de toute une année, pour élaborer les tests et recenser les établissements concernés, mais également pour expliquer aux différents intervenants les objectifs de l'opération et les imprégner de sa philosophie », explique de sa part Oum El Kheir Abra, chargée de la Division des affaires pédagogiques à l'Académie. Toutefois, l'ancrage de l'outil évaluation dans les pratiques de chaque jour des professeurs ne s'est pas fait en douceur.
Si l'initiative a eu des échos favorables auprès de certains, ce n'était pas le cas pour d'autres qui se sont montrés rétifs et même sceptiques. « D'aucuns croyaient à tort qu'il s'agissait d'une évaluation des performances de l'établissement ou de l'enseignant lui-même, et non pas des élèves », souligne Abdelkader Sadki, inspecteur et coordonnateur régional de la matière des sciences de la vie et de la Terre. A grand renfort d'explications, on a pu vaincre les réticences et faire de l'évaluation des compétences un réflexe permanent des enseignants. Il reste à noter que les résultats des tests d'évaluation seront communiqués entre le 20 et 30 octobre au Centre national de l'évaluation et des examens. Les parents des élèves seront eux aussi avisés des points de force et de faiblesse de leurs enfants, afin qu'ils puissent agir en conséquence.
Formation aux techniques nécessaires
Conformément aux instructions du ministère de l'Education nationale relatives à l'organisation des tests d'évaluation des apprentissages à partir de cette rentrée scolaire, les enseignants des établissements scolaires ciblés ont reçu une formation d'une demi-journée visant à leur apprendre différentes techniques nécessaires à l'évaluation. «Il s'agit, en premier lieu, de savoir dresser une liste contenant les noms des élèves sujets d'évaluation et le questionnaire qui leur sera administré.
Il s'agit en deuxième lieu de corriger les feuilles des élèves et remplir les résultats obtenus sur une liste. Cela étant fait, il faut savoir catégoriser les élèves à la lumière des résultats obtenus. Enfin, la tâche la plus ardue et qui a pris énormément de temps, c'est de savoir comment investir les résultats pour élaborer un plan de soutien approprié à chaque groupe d'élèves », explique Abdelkader Sadki, inspecteur et coordonnateur régional de la matière des sciences de la vie et de la Terre, et de préciser que des guides ont été distribués en fin de formation aux enseignants afin de les imprégner des techniques précitées.
Source"LeMatin".






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