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Enseignement préscolaire: Une feuille de route pour la mise à niveau


S'il y a un parent pauvre du système éducatif marocain, c'est bien l'enseignement préscolaire. L'unanimité est recueillie au sujet de l'importance de ce type d'enseignement et de la nécessité de le promouvoir et pourtant, l'état des lieux laisse voir un secteur en butte à plusieurs problèmes : une privatisation soutenue, une véritable pénurie d'équipements et d'enseignants formés et un projet de généralisation qui tarde à porter ses fruits.
 
Dans un esprit de réforme, le ministère de l'Education Nationale a prévu, dans son programme d'urgence 2009-2012, un projet entièrement dédié à la promotion de l'enseignement préscolaire (E1.P1). « C'est une preuve tangible, s'il en faut une, de l'intérêt que le ministère accorde à cet enjeu pédagogique de taille qui consiste à préparer les enfants de la tranche d'âge de 4-5 ans de façon à ce qu'ils aient un parcours scolaire réussi et durable ». Les propos sont extraits d'un mot de Latifa Labida, lu en son nom, à l'occasion d'une journée de concertation autour du projet de création d'un cadre référentiel de l'enseignement préscolaire, organisée vendredi dernier à Rabat. Il s'agit, en effet, d'un tableau de bord qui définit les principes fondateurs de la réforme voulue et ses objectifs généraux. « C'est une nouvelle phase qui commence dans le processus d'installation d'un modèle marocain d'enseignement supérieur de qualité », annonce Labida.

Ce n'est pas de la littérature. Le projet, tel qu'il a été présenté, entame effectivement une petite révolution dans le domaine de l'enseignement préscolaire et ce, à tous les niveaux. De prime abord, c'est la notion même de l'enseignement préscolaire qui est revisitée. Celui-ci n'est plus considéré comme un enseignement fortuit, superflu et facultatif, mais désormais comme une composante à part entière du système éducatif national qui a pour fonction de préparer l'enfant à intégrer sans difficulté l'enseignement fondamental et de réduire au maximum les risques d'abandon et de déperdition scolaires. Le vent du changement va également souffler sur les structures d'accueil qui répondront désormais aux standards internationaux de qualité en matière de bâtiments, d'équipements, d'outils pédagogiques, d'installations sanitaires, de cour de récréation et d'activités externes. La formation n'est pas en reste. L'éventuel cadre référentiel redéfinit le statut et les caractéristiques des enseignants du préscolaire.

Le métier ne sera dorénavant exercé que par des professionnels, des cadres spécialisés dans l'éducation préscolaire ayant les compétences professionnelles requises. A l'heure actuelle, notre pays enregistre un réel manque à ce niveau. Pour y pallier, des filières de formation à l'éducation préscolaire ont été lancées dans les universités de Rabat, Meknès et Settat. « Nous œuvrons à ce que d'ici à 2012, les universités marocaines puissent former constamment des enseignants spécialistes du préscolaire », explique Aziz Kaichouh, directeur général de la Fondation Marocaine pour la promotion de l'enseignement préscolaire. Car il est clair que sans des ressources humaines qualifiées et suffisantes, aucun projet de généralisation ne pourra tenir la route. En deuxième lieu, il s'agit de soutenir les actions d'encadrement pédagogique, gage de la qualité de l'enseignement préscolaire et ce, à travers la formation continue, le contrôle pédagogique et administratif, l'évaluation des compétences professionnelles des enseignants et la promotion de la recherche pédagogique s'intéressant à l'enseignement préscolaire.

A en juger par le rythme actuel, la réalisation de l'objectif formation reste du domaine du possible. Il n'en va pas de même pour le projet de généralisation. « D'après les dispositions de la charte de l'Education de 2004, notre pays devait avoir parcouru beaucoup de chemin vers la généralisation de l'enseignement préscolaire. Malheureusement, rien n'en est sur le terrain », regrette M. Kaichouh. Depuis son adoption, le projet de généralisation de l'enseignement préscolaire à l'horizon 2015 roule au pas. Il n'y a qu'à se rendre aux statistiques de l'année scolaire 2009-2010 pour le constater : sur l'ensemble des enfants marocains de la tranche d'âge de 4-5 ans, seuls 60% ont été inscrits dans les établissements de l'enseignement préscolaire, selon l'affirmation du directeur de la coopération et de la promotion de l'enseignement scolaire privé au ministère de l'Education Nationale. En milieu rural, ce taux dégringole à 45% et, aux rangs des filles rurales, il ne dépasse pas 2%.

Cette situation est largement favorisée par la hausse des prix des établissements spécialisés qui sont par essence des établissements privés (à hauteur de 92%). Ces prix, inaccessibles pour de larges couches sociales, entérinent l'inégalité des chances entre les enfants en âge d'intégrer l'enseignement préscolaire. A côté de ces carences quantitatives, il en existe d'autres ayant trait à la qualité même de l'offre. La secrétaire d'Etat à l'enseignement scolaire cite notamment « la multiplicité des intervenants, les divergences enregistrées entre les établissements modernes et traditionnels et la prédominance du secteur privé dont l'offre ne couvre pas l'ensemble du territoire national, et la faiblesse de la culture participative ».

Pour une offre plus harmonieuse
L'harmonisation de l'offre est une autre bataille engagée par le ministère de tutelle pour la mise à niveau de l'enseignement préscolaire. Une bataille qui, il faut bien le noter, n'est pas gagnée d'avance. En effet, c'est un domaine qui connaît un foisonnement d'acteurs : un secteur privé qui se taille 92% de l'offre, un secteur public qui est encore à ses balbutiements, un enseignement traditionnel qui existe sous forme d'écoles coraniques totalisant 80% de l'offre, et un enseignement moderne qu'on cherche à valoriser. Certes, le défi n'est pas d'uniformiser les établissements dédiées au préscolaire, loin s'en faut. Il s'agit plutôt de fixer un référentiel commun aux projets pédagogiques de ces établissements respectifs, un référentiel basé sur des normes de qualité permettant de mieux répondre aux besoins de la tranche d'âge ciblée qui est l'une des plus vulnérables.

Source"LE MATIN"

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